HISTORIQUE DE GIGNY SUR SAONE

Je vous souhaite la bienvenue et voici un bref historique de notre village dont le destin est lié au cours de la Saône, cette rivière qui prend quelquefois ses aises jusque dans nos terres et nos maisons, et dont Jules César disait, dans la Guerre des Gaules, qu'elle, je cite "est une rivière qui, à travers le pays des Eduens et des Séquanais, coule vers le Rhône avec une si incroyable lenteur, que l'œil ne peut juger de la direction de son cours". Frontière naturelle, elle nous sépare de la Bresse. Nous sommes sur la rive droite, appelée autrefois rive de riaume, riaume pour royaume, en opposition à la rive d'empis ou de pire, c'est à dire d'empire, la rive gauche. Ces appellations datent du partage de l'Empire de Charlemagne mais elles sont encore utilisées de temps en temps. Au cours des âges, la Saône a permis aux hommes de se déplacer, de conquérir et de commercer. Le village de Gigny, nommé dans les vieux titres, Gignacum, est composé de 4 parties : le Bourg et 3 hameaux: l'Epervière, Lampagny et la Colonne. Le hameau de la Colonne est un ancien port romain, un des plus anciens sur la Saône. Il possédait 2 colonnes milliaires. L'une, retirée de l'eau, a longtemps orné la place de l'Hôtel de ville de Tournus. Elle a ensuite été utilisée comme monument aux morts et vous pouvez la voir sur la place du Champ de Mars, qui jouxte la RN6 à Tournus. L'autre colonne milliaire, cassée, repose encore au fond de la rivière. Le territoire de Gigny était traversé par la grande voie militaire romaine qui parcourait la Gaule en venant de Lyon. Longeant un ruisseau qui s'appelle le Merderix, c'est la limite sud de la commune. Une voie secondaire menait au port de la Colonne. Elle était surélevée de manière à échapper aux crues et passait la Saône sur 2 ponts, l'un en face d'Ormes, l'autre à hauteur de Thorey. Lieu de passage aussi bien sur ses eaux que sur ses berges, la Saône nous a déjà fourni de nombreux témoignages de sa fréquentation: monnaies grecques, romaines et gauloises, poteries, fibules, morceaux d'armes et d'armures, etc...D'autres témoignages plus anciens ont aussi été extraits de son sable, comme, par exemple, des dents de mammouth. Toujours au hameau de la Colonne, il y eut un Castrum dès l'époque gallo-romaine. Plusieurs installations lui firent suite. En 1404 les écrits de Frépier précisent que le château était entièrement bâti de briques rouges confectionnées sur place. Il était rectangulaire avec une cour intérieure sur laquelle donnait le bâtiment principal dont le 1er étage montrait une galerie en bois. L'escalier se trouvait dans une tourelle ronde. Le château s'ornait de 4 tours de défense en poivrière. Il possédait aussi une oubliette qui, à mon avis, devait souvent être sous les eaux... Tout ceci entouré de larges et profonds fossés. Les recettes d'argent de la Châtellenie de la Colonne venaient des locations, amendes et droits de péage dont une partie était reversée au roi. Il y avait 18 péages sur la Saône, dont ceux de Chalon, la Colonne (Gigny) et Tournus. Tous les passants en étaient redevables pour les denrées qu'ils transportaient. Je ne résiste pas à la tentation de vous en citer quelques uns, tels qu'ils étaient obligatoirement affichés en 1472, mais ne me demandez pas la conversion en monnaie d'aujourd'hui! "un lit garni de coultre, de coussins et de couverte doit 4 blancs; un banc tourné ou à 4 pieds, ainsi qu'une pièce de bois écarrée doivent 4 deniers parisis, mais le bois rond ne doit rien; un bœuf doit 1 denier; un poulain venant ou allant en foire, ferré ou non doit 4 deniers; une vache ou un veau doivent 2 deniers et 1 millier de harengs aussi". Continuant cet inventaire on trouve le prix du passage pour les juifs et les lombards: "1 juif ou 1 juive doit 4 blancs et si la juive est grosse, le double. Un lombard, autant". Ce qui équivaut, en comparaison, à 16 deniers soit beaucoup plus cher que pour la gent animale pourtant plus encombrante à transporter. J'en conclus donc qu'en 1472, dans le Duché de Bourgogne, Charles le Téméraire n'était pas plus tendre avec les juifs que son petit cousin et adversaire Louis XI, qui leur faisait porter des bonnets jaunes. Les français de l'époque avaient des progrès à faire, ils en ont fait, nous en avons encore à effectuer. Les prévôts châtelains qui administraient la châtellenie de la Colonne prononçaient la justice et décidaient des amendes, par exemple: la médisance d'une femme était punie d'une immersion dans la rivière, 3 fois de suite; le meurtre d'une femme mal famée se rachetait 5 francs. Aux XVème et XVIème siècles on allouait une somme à ceux qui se chargeaient de fouetter les malfaiteurs et de leur couper le bout de l'oreille, et à la même époque le bourreau ne pouvant effectuer une décollation sans être ganté, il avait donc droit à une somme pour l'achat de ses gants. Le port de la Colonne a toujours été très animé. Les anciens parlent encore du Parisien, bateau qu'ils empruntaient pour se rendre à Chalon ou à Lyon. On embarquait au barrage, construit en 1880. L'inconvénient majeur de la châtellenie de la Colonne est qu'elle se trouvait en zone inondable et que, sinon envahis par les eaux, les bâtiments en devenaient d'un accès difficile. Le site choisi pour l'installation du château de l'Epervière, au hameau du même nom, s'il est parfois approché par les eaux, reste plus confortable. Dès les premiers temps de la féodalité il y eut une maison forte à l'Epervière. Elle parait avoir été jusqu'au XIIIème siècle une des dépendances des seigneurs de Brancion, en même temps que le château de la Colonne. Contraint par la ruine, le dernier héritier Brancion la vendit au Duc de Bourgogne. Celui-ci en fit une prévôté ou châtellenie, supervisée par des capitaines châtelains. L'actuel château de l'Epervière a été précédé de plusieurs autres. De nombreuses familles s'y sont succédé. La famille de Geramb l'acquit en 1785. Monsieur de Geramb, Chevalier du Saint-Empire, fit démolir le château et reconstruire celui que vous pouvez voir aujourd'hui. Il était le fils d'un célèbre magnat hongrois, ministre de Joseph II empereur germanique. La petite histoire veut que ce soit pour cette raison et en référence au nom de la terre qu'il avait achetée, qu'il fit surmonter le pavillon central du château d'un grand épervier qui, toutes ailes déployées, regardait vers l'est. Pendant la tourmente révolutionnaire le nouveau château fut pillé et assez délabré. Les dames de Geramb, mère et fille, furent emprisonnées à CHALON mais revinrent peu après à GIGNY, dans leur château qu'elles firent restaurer. Une sentence de 1793 les astreint à rétablir les gignerats dans leurs anciens droits quant aux chemins et accès aux points d'eau pour les bêtes. Le château de l'Epervière est encore passé entre beaucoup de mains avant de devenir, en 1966, la propriété de la famille GAY qui continue sa restauration avec ténacité. Dans le parc un camping de grand standing a été installé. Le hameau de l'Epervière possède aussi un autre château, moderne celui-là, que l'on appelle château Madame. Il a été construit au début du XX ème siècle par la famille TAMAIN et c'est Madame TAMAIN qui a eu la bonne idée d'en faire don à une oeuvre de bienfaisance, les Petits Frères des Pauvres. Dans le même quartier, le gîte de séjour installé depuis quelques années dans l'ancien presbytère accueille jusqu'à 24 personnes et voisine avec l'église du village qui date de 1863. Quant au hameau de Lampagny, il est peut-être le lieu le plus ancien de la commune de GIGNY. Il est habité depuis la préhistoire comme en témoignent de nombreux objets et instruments qui y ont été retrouvés. De nombreuses nobles familles y avaient des maisons de campagne et y ont vécu. En 1847 on y a mis à jour un sceau de bronze représentant un personnage en habits pontificaux, mitré et crossé. Ce sceau était celui de Charles de Bourbon, cardinal archevêque de LYON et légat d'AVIGNON, fils de Charles duc de Bourbon en 1434 et d'Agnès de Bourgogne fille du duc Jean Sans Peur. Après cette promenade dans les hameaux nous voilà de retour au bourg de GIGNY. La mairie est un bâtiment en pierre qui date du XIXème sicèle et abritait autrefois l'école des garçons. L'école des filles était à l'Epervière. Il n'y a plus aujourd'hui qu'une seule école, à l'Epervière et elle compte une cinquantaine d'élèves. Il y eut un instituteur à GIGNY dès 1667 et une compagnie de sapeurs-pompiers dès 1852. Le bourg de GIGNY possède quelques maisons anciennes dont certaines à pans de bois. Vous pouvez aussi visiter l'ancienne église, enfin, ce qu'il en reste ! La paroisse de GIGNY est mentionnée dans de très vieux titres. Elle a toujours été sous le vocable de Saint-Pancrace et cela dès 1115, première date connue. Au XIXème siècle le cimetière qui entourait l'église devenant trop petit, il fut décidé d'en créer un nouveau au hameau de l'Epervière ce qui fut fait en 1840. L'emplacement choisi n'était bien sûr pas du goût de tout le monde. Il contrariait particulièrement le châtelain de l'Epervière qui bénéficiait de sa vue. Monsieur de RONFAND, puisque c'est de lui qu'il s'agit, décida de contre-attaquer. Elu maire en 1851, il entreprit aussitôt de rassembler les paroissiens et les fabriciens afin de collecter suffisamment d'argent pour construire une église neuve. Pour ce faire il offrit un terrain et le presbytère. La petite histoire du village rapporte les faits en ces termes : "Puisqu'au nous ont envoyé les morts, j'aurons aussi les vivants" et c'est ainsi qu'en 1863, la nouvelle église vit le jour. Après les morts, elle amena donc aussi à l'Epervière les chrétiens vivants. De l'ancienne église du bourg on a conservé le choeur et 13 mètres de la nef. Le clocher fut rebâti dans le style du XIVème siècle. Les arêtes descendent presque jusqu'à terre et reposent sur des têtes fantastiques. Sur la clé de voûte est sculpté l'agneau pascal. Sous le badigeon recouvrant la voûte du choeur il y avait une peinture murale représentant un Christ autocrator. C'est maintenant la nouvelle église de l'Epervière qui est sous le vocable de Saint-Pancrace dont la statue, en bois doré, date du XIXème siècle. Elle a été récemment rénovée comme la statue de Saint-Nicolas (XVIIIème siècle) grâce à de généreux donateurs. GIGNY recèle d'autres richesses que vous découvrirez en vous promenant. Une plaque apposée en 1902 sur le mur ouest de la chapelle baptise la place du nom d'un enfant du pays, célèbre en son temps : Clément DEMANGIN. Médecin, mathématicien et poète, il était né à GIGNY en 1570. Les archives nous apprennent que, bien que séjournant peu dans son village natal, il fut néanmoins le parrain de bon nombre d'enfants baptisés dans notre paroisse. Ses amis l'appelaient l'Apollon aux trois langues. Il fut un mathématicien renommé, un érudit et un fin lettré puisqu'il parlait le latin, le grec et l'hébreu. Auteur de nombreux livres en particulier d'une traduction d'Euclide, il emprunta parfois un pseudonyme : HERIGONE. Il mourut à PARIS en 1642. Notre promenade dans l'histoire de GIGNY est maintenant terminée. Il me reste à vous donner quelques précisions plus actuelles : notre village s'étend sur 1 436 hectares (NIEPCE et CREPET en dénombrent 1437) et compte aujourd'hui plus de 500 habitants et 73 résidences secondaires, alors qu'au XIXème siècle il se maintenait autour de mille habitants. C'est à Monsieur LABBE qui fut maire entre 1900 et 1904 que nous devons l'ajout de "SUR SAONE" au nom de GIGNY. Nous avons la chance d'avoir gardé notre école à deux classes et notre épicerie-café-tabac. Les terres sont cultivées et pas encore menacées de jachère grâce à l'activité de jeunes cultivateurs. Nous avons des restaurants, des artisans, des artistes et même une discothèque. Des itinéraires de promenades et randonnées vous emmènent à travers prés, champs et bois. Malgré la Saône et ses caprices, ou grâce à elle, GIGNY est un village actif où il fait bon vivre. Le nombre de demandes de locations en témoigne tout comme l'installation des Anglais, des Suisses et des Hollandais qui ont, après les Romains, adopté notre village pour leur résidence ou leurs vacances. Ils viennent aussi au camping du château de l'Epervière. Chacun est le bienvenu à Gigny-sur-Saône, nous nous enrichirons de nos différences.

Mylène BLONDOT